Lettre de Guy Debord à Toru Tagaki, 28 octobre 1963

Paris, 28 octobre 1963

Cher Toru,

Nous serions très contents si tu pouvais publier quelques traductions de nos textes dans la revue japonaise dont tu nous as parlé. Merci.

Au sujet de votre campagne contre les positions chinoises. Je pense que vous avez jugé comme nous, que l’argument le plus fort qui révèle la position anti-révolutionnaire de la Chine est la déclaration officielle récente (contre Moscou) par laquelle le gouvernement chinois se vante d’avoir obligé les Russes à une intervention militaire en Hongrie en 1956.

Je joins à cette lettre quelques informations sur la récente grève des mineurs espagnols (dans les mines de charbon de la province des Asturies). C’est certainement l’événement le plus important de l’année pour le mouvement ouvrier en Europe. (Pardonne le basic english de la traduction.)

Un genre de mouvement armé d’opposition s’est organisé en Algérie contre Ben Bella, soutenu par la population de Kabylie, dont la situation économique est très faible. Il est difficile, sans informations directes, de définir ce mouvement. Il est certainement fondé sur une opposition populaire et sur le mécontentement de nombreux militants algériens. Mais en même temps totalement dépourvu d’un programme révolutionnaire, et dirigé par quelques leaders politiques dont les ambitions sont suspectes (Aït Ahmed). Cependant la guerre à la frontière du Maroc apparaît comme une diversion utile, par rapport aux difficultés internes, tant pour le pouvoir réactionnaire du Maroc (qui a, cet été, jeté toute l’opposition en prison) que pour le «socialisme» de Ben Bella. Nous voyons donc que si les États arabes ne sont pas voisins d’Israël, ils constituent directement les uns pour les autres la même menace extérieure, avec la même fonction politique.

À Paris, dans le groupe P.O. (après la scission contre Socialisme ou Barbarie) il y a eu une nouvelle scission. Une majorité menée par Vega et Lyotard (aussi avec Pierre Guillaume) a rompu avec Édouard et Valois, pour des raisons assez obscures, et selon des procédés peu démocratiques. Mes amis et moi sommes naturellement favorables aux intentions d’Édouard et Valois, et en tout cas absolument contre la méthode et les conceptions archaïques de Vega. Je ne crois pas que ces camarades ont beaucoup perdu sur le plan numérique, car c’est plutôt un avantage d’être débarrassé de Vega et des hésitants. La perte est plus grande du point de vue de la lutte contre les conceptions bien connues, de Socialisme ou Barbarie. Le groupe Édouard-Valois ne considère pas comme important cet aspect de la question (de ce point de vue nous pensons qu’ils ont tort). Les camarades de ce groupe n’ont pas encore publié un seul texte, malheureusement. Mais ils ont commencé de travailler en direction des ouvriers.

Amicalement,

Guy

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